3.5.07

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Los lentes rojos

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L’Avant-Garde Russe

Au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, jusqu’au 22 Janvier.

Reproductions d’une œuvre de Gontcharova retirée à titre conservatoire, suite à une demande du représentant des ayants-droit.

Malvitch_1 Une ambition de cette exposition est de montrer l’influence de l’Europe de l’Ouest (impressionnisme, fauvisme, cubisme) sur le substrat primitiviste russe (icônes, images populaires, artisanat) pendant les premières années du XXème siècle, puis le développement du néo-primitivisme des années 1900 au constructivisme, jusqu’à la reprise en main réaliste socialiste après 1930.

Le début de l’exposition présente les peintres du début du siècle, souvent méconnus ici, et dont la force d’expression, l’énergie vigoureuse impressionnent. Voyez la première période de Kasimir Malévitch, voyez ce Faucheur (1912), ancré dans l’histoire du pays, dans sa ruralité, immémorial, monumental; ses formes pures, les reflets de lumière métallique sur ses habits annoncent la modernité.

Regardez cette Idole de pierre (1908) de Natalia Gontcharova, mystérieuse, hermétique, primitive. . Elle évoque des déesses antiques de religions inconnues, trouvées dans des tombeaux de la steppe; qu’importe son origine, juxtaposée à un tableau floral et un pot à pinceaux, elle est d’une étonnante présence. Gontcharova, qui évolua de l’impressionnisme au futurisme et au “rayonnisme”, une des rares peintres femmes de cette époque, est assez typique du tourbillon et de l’ouverture de cette époque. Elle quitte la Russie en 1915, et vivra en France jusqu’en 1962.

Filonov Troisième exemple, ce Mardi Gras (1913) de Pavel Filonov, tourbillon déjà futuriste, dédoublement des formes décomposées comme dans des miroirs. Les chevaux à tête humaine et aux pattes dédoublées galopent tristement, les couples s’enlacent, tels des jouets de bois sur un manège. Au delà d’une festivité populaire, folklorique, le tragique est omniprésent. Des échos d’un Ensor, peut-être, mais aussi une déstructuration des formes (voyez les chevaux à l’arrière-plan) bien plus contemporaine.


Exter Voici encore, parmi les futuristes, La ville (1913) d’Alexandra Exter, aux couleurs étincelantes, comme émaillées, avec une palette flamboyante et des rythmes quasi musicaux, syncopés.

Après cette période, que je connaissais peu, on arrive ensuite dans des terrains plus familiers, Kandinsky, Malévitch, Tatline, Larionov (le pape du “rayonnisme”), on retrouve des écoles qui se sont inscrites dans les grands courants mondiaux du XXème siècle, le constructivisme, le suprématisme. L’exposition est bien construite, intelligente. Si les Russes de l’époque cubiste me paraissent moins excitants, je ne me lasse pas des compositions noires de Malévitch, non seulement le Carré noir, sur lequel tant a été écrit, mais aussi un cercle, une croix, icônes des temps nouveaux (1923; ci-dessous). Les architectones de Malévitch et les projets de Tatline sont aussi familiers.


Et voici un tableau de 1917-1922 de Mikhail Matiouchine, Mouvement dans l’espace. Ne vous trouvez-vous pas tout Matiouchined’un coup transporté 40 ans plus tard à New York ? Matiouchine se veut un théoricien de la couleur, de la vision élargie, qui travaille l’arrangement aléatoire des couleurs de base, mais, au delà des théories et des écoles (qui foisonnent pendant toute cette période), cette toile dégage une force brute, qui transporte le spectateur, habitué à plus de modération.

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L’exposition comporte aussi des sections sur l’architecture, sur les décors de théâtre, sur le graphisme, les arts décoratifs, la photographie et le film. Un film étonnant, de Dziga Vertov (1929), simplement titré L’homme à la caméra, de 65 minutes, montrant 24 heures à Odessa, enchaînement de séquences urbaines, au montage dynamique, dont le rythme parfois s’accélère, puis se ralentit. L’artifice est qu’on voit parfois le cameraman, qu’on devine ses trucages; c’est un film sans histoire, mais d’une poésie pure. Je suis resté jusqu’au bout des 65 minutes.

A la fin de l’exposition, les larmes montent aux yeux quand on voit où en sont réduits Filonov (Portrait de Staline) et Malévitch (Portrait d’un travailleur de choc) pour survivre dans les années 30, et il s’agit bien de survivre, d’échapper au goulag.

Une exposition très riche, un peu touffue, où l’on découvre des peintres méconnus, des courants qu’on ne connaissait que de nom (excellent catalogue). A côté, une exposition historique sur les Tsars Russes, et aussi d’autres événements à Bruxelles pour l’année de la Russie.

Photos provenant du catalogue

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